Tour d´horizon de l´emploi en Belgique

 15. září 2010  Mathieu Detaille   komentáře

Au tournant du XXème siècle, la Belgique était la seconde puissance industrielle du monde, derrière la Grande Bretagne1. C’est la Wallonie qui avait donné au plat pays son formidable essor, à la grande époque de la transformation (secteur secondaire) grâce à son bassin minier, ses réseaux fluvial et ferroviaire. Dans l’Etat unitaire d’alors, la politique était à la fois libérale pour les entrepreneurs et protectrice pour les travailleurs. La Flandre, elle, vivait des heures plus sombres, son marché du travail étant essentiellement basé sur le secteur primaire alors en recul - l’agriculture essentiellement.

Tour d´horizon de l´emploi en BelgiqueTour d´horizon de l´emploi en Belgique

Au tournant du XXème siècle, la Belgique était la seconde puissance industrielle du monde, derrière la Grande Bretagne[1]. C’est la Wallonie qui avait donné au plat pays son formidable essor, à la grande époque de la transformation (secteur secondaire) grâce à son bassin minier, ses réseaux fluvial et ferroviaire. Dans l’Etat unitaire d’alors, la politique était à la fois libérale pour les entrepreneurs et protectrice pour les travailleurs. La Flandre, elle, vivait des heures plus sombres, son marché du travail étant essentiellement basé sur le secteur primaire alors en recul - l’agriculture essentiellement.

Depuis, les choses se sont inversées. La crise minière qui a frappé l’Europe de l’Ouest a dévasté la Wallonie, aujourd’hui encore meurtrie par les vestiges des charbonnages et de l’industrie sidérurgique. La Flandre elle a retrouvé son génie commercial de la Renaissance et s’est presqu’entièrement reconvertie dans le secteur tertiaire – les services. Ainsi, le PIB régional de la Flandre est parmi les plus élevés d’Europe, alors que celui de la Wallonie est à la traîne[2].

Actuellement, il existe donc deux grands marchés du travail en Belgique, ayant des particularités différentes et des besoins différents. La Flandre a besoin de flexibilité, la Wallonie a besoin... de se réinventer. Bruxelles est un cas particulier: elle vit également des services, mais plus particulièrement d’organisations internationales et de sièges d’entreprises – elle est l’une des villes administratives les plus importantes du monde avec Washington, DC[3].

L’emploi en Belgique est une matière complexe car il est organisé par toutes les entités qui composent le pays. Pour cette raison, c’est également un sujet de crispation lors des négociations politiques fédérales, car les choix électoraux sont clairement libéraux du côté flamand, et aussi clairement socialistes du côté wallon.

L’emploi en Belgique est une compétence de l’Etat fédéral en ce qui concerne la législation du travail, les taxes, certaines aides et le contrôle des chômeurs. Pour l’activation des chômeurs (c’est-à-dire faire en sorte qu’ils trouvent un travail), c’est la Région qui est compétente. Enfin, pour la formation des chômeurs (ceux qui veulent changer de métier par exemple), c’est la Communauté qui est compétente. Cela suit le schéma classique belge: la sécurité sociale est fédérale car tout Belge est égal à un autre, l’activation des chômeurs dépend de la capacité économique d’un territoire, c’est donc la Région qui en a la charge, la formation est une matière dépendant de la langue et de l’identité culturelle, c’est donc la Communauté qui est compétente. Logique et égalitaire donc, mais très alambiqué, très coûteux et pas toujours efficace. Notons que ces mécanismes devraient changer énormément avec le nouveau gouvernement issu des élections de juin 2010 et qui devrait, on l’espère, voir le jour... dans les prochains mois.

 Les aides à l’emploi en Belgique

La Belgique, a l’instar de beaucoup d’autres pays, tente de doper son économie avec un éventail d’aides tantôt à l’investissement, tantôt à l’emploi. La recherche universitaire fait malheureusement partie des parents pauvres de ces aides.

Le marché du travail en Belgique est également à l’image de beaucoup de ses voisins européens: chômage élevé (environ 10%)[4], peu de mobilité des travailleurs, taxes très élevées. En plus d’une armada législative pour contrer le racisme ou la xénophobie entre autres, les législateurs belges ont mis au point un système d’avantages à l’embauche. Les politiques d’aide en la matière sont sensibles aux discriminations, et cherchent en priorité à les gommer au moyen de leviers financiers pour les employeurs qui engagent des travailleurs désavantagés sur le marché de l’emploi.

Une loi fédérale vient par exemple en aide aux demandeurs d’emploi selon leur âge. Les jeunes de 18 à 25 ans ont particulièrement difficile de trouver un travail. Pour eux, il existe un “plan jeunes” appelé “Rosetta” qui octroie à l’employeur des avantages fiscaux s’il engage un jeune qui n’a pas d’expérience professionnelle. Un autre plan favorise l’engagement de personnes de plus de 45 ans[5].

Au niveau régional, il existe des plans similaires, notamment axés sur le profil de l’employeur. S’il est situé en zone rurale, en zone de développement prioritaire, si son activité est considérée comme innovante ou dans un secteur social ou culturel, etc.

Les effets sont bénéfiques, avec cependant des côtés pervers non négligeables. Pour obtenir un emploi, il faut généralement correspondre à plusieurs critères. Par exemple, un jeune bruxellois diplômé dans le secteur social pourra postuler en Wallonie, mais a très peu de chances d’y trouver un travail car l’employeur recevra des aides uniquement pour les résidents en Wallonie. Aussi, comme il faut avoir été sans emploi pendant une période prolongée pour bénéficier de ces aides, ces dernières ont également comme effet négatif… d’allonger la durée de chômage.

Enfin, pour conserver ses avantages financiers, qui se montent parfois à des milliers d’euros par an, l’employeur est tenté de se séparer de l’employé à l’expiration des aides octroyées en l’engageant, et à trouver un nouvel employé pouvant bénéficier d’aides à l’embauche. Pour protéger le travailleur, l’Etat impose généralement à l’employeur de garder l’employé environ un an après la fin des aides.

 + Et les négociations?

  L’été faisant, les négociations politiques en vue de la formation du prochain gouvernement passent un peu inaperçues. Cependant la Réforme de l’Etat semble bel et bien engagée, et la Belgique en sera profondément remodelée. A titre d’exemple, selon les derniers chiffres cités par le préformateur du futur gouvernement, le socialiste francophone Elio di Rupo, ce seraient plus de 15, 6 milliards d’euros annuels qui tomberaient dans l’escarcelle des entités fédérées. Ces nouveaux transferts porteraient à 49% la défédéralisation du budget fédéral[6].

Cette période de préformation, qui dure depuis presque 3 mois, n’a pour l’instant porté que sur les changements institutionnels. Après une crise ce dimanche 29 août pour cause de désaccord profond au sujet de Bruxelles, il semble que les négociateurs se remettront bientôt en selle pour finaliser les grandes lignes de la réforme. A ce moment seulement ils commenceront à négocier les points économiques et sociaux du futur accord gouvernemental.

On se répète certainement, mais cette période de l’histoire belge est fondamentale et représente un point charnière qui définira l’avenir du pays. Les négociations en cours possèdent d’ailleurs l’étrange particularité de préparer à la fois une Belgique en commun avec les Flamands, les Bruxellois, les Francophones et les Germanophones, mais visent tout autant à prépaper ces mêmes communautés à une éventuelle séparation en douceur. Car si, en effet, on négocie des accords cadre pour un futur gouvernement fédéral, on cherche également à assurer la pérennité de chaque entité, notamment en trouvant un statut définitif à Bruxelles[7]. Cette dernière constitue la principale pierre d’achoppement entre les parties, les Flamands la percevant comme une simple ville à l’intérieur du territoire flamand où des francophones résident, et les Francophones considérant Bruxelles comme une Région autonome qui doit pouvoir vivre en auto-suffisance.

Dans ces négociations enfin, il est une figure discrète mais qui, malgré sa maigre marge de manoeuvre joue un rôle essentiel: c’est le Roi. Nous reviendrons sur son rôle le mois prochain.

Bibliographie:

[1] “Breaking stereotypes: Recent work in Belgian Historical Demography” par Muriel Beven et Isabelle Devos, 2001.

[2] “Breaking stereotypes: Recent work in Belgian Historical Demography” par Muriel Beven et Isabelle Devos, 2001.

[3] Beaucoup de littérature à ce sujet. Lire notamment Le Monde diplomatique:
http://www.monde-diplomatique.fr/2007/11/HUWART/15320

[4] Voir le site de la Présidence belge de l’Union européenne:
http://www.eutrio.be/fr/l-europe-bruxelles-d-un-district-federal-mondial-une-capitale-europeenne

[5] Pour des statistiques exhaustives, consulter le Ministère fédéral de l’Economie:
http://economie.fgov.be/fr/statistiques/chiffres/travailvie/emploi/index.jsp

[6] Le panel des aides est disponible sur le site fédéral “Au travail”:
http://www.autravail.be/

[7] Lire le communiqué d’Elio di Rupo, préformateur et possible futur Premier ministre:
http://www.rtbf.be/info/belgique/politique/le-texte-integral-de-la-conference-de-presse-delio-di-rupo-249623

Odpovědná redaktorka : Selma Hamdi

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Titulní obrázek převzat z: http://www.sxc.hu/photo/871984

Jak citovat tento text?

Detaille, Mathieu. Tour d´horizon de l´emploi en Belgique [online]. E-polis.cz, 15. září 2010. [cit. 2017-12-15]. Dostupné z WWW: <http://www.e-polis.cz/clanek/tour-dhorizon-de-lemploi-en-belgique.html>. ISSN 1801-1438.

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