Roman-feuilleton Belgica, épisode d´octobre 2010

 1. listopad 2010  Mathieu Detaille   komentáře

Par une coïncidence bienvenue, le rôle du Roi décrit dans le précédent article a été mis à forte contribution durant ce mois d’octobre 2010. Les négociations pour la formation du prochain gouvernement belge tournent au pugilat politique, et le Roi a encore élargi son lexique en désignant un clarificateur, puis un conciliateur.

Roman-feuilleton Belgica, épisode d´octobre 2010Roman-feuilleton Belgica, épisode d´octobre 2010

Par une coïncidence bien venue, le rôle du Roi décrit dans le précédent article a été mis à forte contribution durant ce mois d’octobre 2010. Les négociations pour la formation du prochain gouvernement belge tournent au pugilat politique, et le Roi a encore élargi son lexique en désignant un clarificateur, puis un conciliateur.

Mais où en est-on précisément en Belgique en cet automne morose ? D’aucuns vous répondraient : nulle part. C’est effectivement vrai du côté des négociations, et il est nécessaire de s’y arrêter ce mois-ci. Elles ont tourné au vinaigre à la fin du mois d’août, lorsque le leader nationaliste flamand Bart De Wever a rejeté le travail du leader francophone Elio di Rupo. Elles ont carrément flétri quand les partis francophones ont envoyé au caniveau en moins de deux heures le rapport du clarificateur Bart De Wever. Depuis deux mois donc, l’ambiance entre les négociateurs politiques est pourrie, et le climat socio-politique est sous très haute tension. Les raisons du blocage sont multiples et la méfiance entre les deux principales communautés du pays augmente comme une boule de neige dévalant une montagne.

Le blocage vient de problèmes bien connus, que j’avais abordé lors de mon premier article en avril. D’un côté les Flamands et leur logique de territoire, de l’autre les Francophones et leur logique de droit linguistique. Au-dessus de ce chaudron en ébullition, le statut de Bruxelles. Pour les Flamands, c’est une ville intégrée à la Flandre comme Gent ou Antwerpen. Pour les Francophones, c’est une région comme la Flandre et la Wallonie, avec ses spécificités culturelles, un profil socio-économique très différent des deux autres régions, etc. Viennent s’ajouter de nouveaux problèmes ayant surgit depuis les élections et pour lesquels Flamands et Francophones ont des revendications radicalement opposées : régionalisation de l’impôt, régionalisation de la justice, etc. Les premiers veulent une plus grande autonomie, les seconds veulent que l’Etat fédéral garde son sens.

Paradoxalement, nous touchons ici à la plus grande avancée positive de ces négociations. En effet, « à tout malheur, bonheur est dû », et si effectivement peu de choses avancent concrètement, les esprits par contre se décomplexent et les tabous tombent. Je regrettais précédemment que les Francophones n’aient aucune vision, cela a changé. Je regrettais que les vraies questions soient constamment éludées, cela a également changé.

Ces négociations ont le grand mérite de poser enfin la question que tout Belge a en lui : Que va devenir la Belgique ? Que veut-on faire de ce pays ?

Enfin les Francophones osent demander quel sens veut-on encore donner à ce pays, et mettent les Flamands face à eux-mêmes. Ils sont passés de passifs à actifs, avec certes quelques maladresses, mais c’est un changement majeur et salutaire.

Du reste, ces questions ne trouvent pas de réponse convaincante. La N-VA de Bart De Wever souhaite la fin du pays par « évaporation » et non par la négociation ou l’affrontement. Le CD&V, deuxième parti de Flandre, souhaite le maintient de la Belgique mais revendique tant de compétences régionales que l’Etat fédéral perd son sens. Le SP.a, troisième parti flamand et socialiste, souhaite conserver la solidarité fédérale, mais accepte le rapport de Bart De Wever dénigrant le statut de Bruxelles et transférant une grande partie des impôts fédéraux aux régions. Or l’impôt fédéral sert à financer la solidarité fédérale – autrement dit l’égalité entre les Belges. Les autres partis flamands souffrent d’autant de contradictions rendant le débat confus.

Du côté francophone, à la lecture des déclarations des différents partis (socialiste, centriste, écologiste, libéraux) se dégagent deux options. Soit les négociations visent à conserver un sens à la Belgique, et donc à maintenir l’égalité d’un Belge à un autre. Soit la Belgique n’a plus de sens, et ce seraient les Flamands qui, en reniant l’égalité entre Belges, souhaiteraient la fin du pays. Logique implacable, peu nuancée admettons-le.

Au-delà de ces considérations idéologiques, un sentiment nouveau naît en francophonie belge. Il est dû au discours tenu au PS (Parti socialiste d’Elio di Rupo), voulant susciter chez les Francophones une fierté inédite 1. Résumé, il tient en ces mots : « Nous souhaitons que la Belgique vive, mais si les Flamands souhaitent partir, nous n’avons pas peur : nous garderons la Belgique, qui continuera avec les Bruxellois, les Wallons et les Germanophones ». Plusieurs messages dans ce discours: 1) la responsabilité finale revient entièrement aux Flamands, 2) les Francophones conservent le nom Belgique en cas de séparation et Bruxelles leur appartient, 3) les Francophones n’ont pas peur. C’est une véritable révolution qu’un parti francophone, le principal, ose tenir de tels propos.

Le contraste est également majeur avec la communication du Nord. Jamais les Flamands n’ont ouvertement menacé les Francophones sur la fin du pays. Leur discours est feutré voire consensuel, mais dure depuis plusieurs dizaines d’années, et va clairement dans le sens d’une nation flamande, possiblement indépendante. La Constitution flamande, les lois linguistiques, les programmes des partis et les résultats électoraux qu’obtiennent les plus indépendantistes d’entre eux sont là pour en témoigner, et sont à la base des craintes francophones. Qui demandent à juste titre ce qu’ils souhaitent : l’indépendance ou pas ?

L’attitude de la N-VA dans les négociations est dans le droit fil de ce qui vient d’être dit. Il ne s’agit pas dans les revendications d’hostilité envers les Francophones 2, mais de transférer aux communautés ou régions des compétences importantes qui donnent à la Flandre les moyens de ses ambitions, et qui mécaniquement rendent superflues d’autres compétences restées fédérales. Ce n’est donc pas vouloir l’indépendance maintenant, mais progressivement acquérir les outils principaux pour qu’un jour l’Etat fédéral soit… évaporé, et que la Flandre soit indépendante de facto. La stratégie actuelle de la N-VA semble d’ailleurs vouloir prouver que l’Etat est ingouvernable, et que les Flamands ont tout intérêt à s’unir. C’est le coup de maître que Bart De Wever  a réalisé avec son rapport : rassembler tous les partis flamands autour de lui (y compris socialiste et écologiste, c’est inédit), et générer une union des partis francophones, de sorte que la Belgique se trouve aujourd’hui Flamands contre Francophones. Cela n’était jamais arrivé 3, 4.

L’issue à tout cela ? Inconnue. Le Roi tente vainement de concilier les points de vue en mandatant des personnalités reconnues pour leurs qualités en la matière, mais le carnet d’adresses arrive à épuisement.

Certains évoquent déjà de nouvelles élections, qui les jours passant semblent de plus en plus inévitables. Si cela devait être le cas, elles auraient valeur d’un référendum dont la question serait : la Belgique : stop ou encore ?

Bibliographie :

  1. Lire le « Plan B » d’Elio di Rupo :
    http://www.lesoir.eu/actualite/belgique/elections_2010/2010-10-10/di-rupo-rejette-les-ultimatums-de-la-n-va-797508.php
  2. A ce propos, lire la déclaration de Bart de Wever à l’issue du scrutin de juin 2010 :
    http://www.lesoir.be/actualite/belgique/elections_2010/2010-06-15/bart-de-wever-je-ne-vais-pas-faire-exploser-la-belgique-776222.php
  3. Sur l’union des partis francophones:
    http://www.lesoir.be/actualite/belgique/elections_2010/2010-10-18/louis-michel-l-heure-est-a-l-union-des-francophones-798708.php
  4. Sur l’union des partis flamands :
    http://www.lesoir.be/actualite/belgique/elections_2010/2010-10-18/les-partis-flamands-accueillent-positivement-la-note-de-wever-798715.php

Titulní obrázek převzat z: http://www.sxc.hu/photo/871984

Jak citovat tento text?

Detaille, Mathieu. Roman-feuilleton Belgica, épisode d´octobre 2010 [online]. E-polis.cz, 1. listopad 2010. [cit. 2017-10-21]. Dostupné z WWW: <http://www.e-polis.cz/clanek/roman-feuilleton-belgica-episode-doctobre-2010.html>. ISSN 1801-1438.

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