Et a l´Est vivaient les Germanophones

 1. prosinec 2010  Mathieu Detaille   komentáře

Au Plat Pays, tout le monde s’empoigne, mire sur Bruxelles en convulsant, regarde l’autre en chien de faïence. Tout le monde ? Non, une poignée de gens se satisfait pleinement de sa situation, une poignée de gens dont on oublie l’existence à l’étranger... et à vrai dire au Plat Pays aussi on ne la connaît pas vraiment. Ils ont une histoire abracadabrantesque, à l’instar des autres belges.

Et a l´Est vivaient les GermanophonesEt a l´Est vivaient les Germanophones

Au Plat Pays, tout le monde s’empoigne, mire sur Bruxelles en convulsant, regarde l’autre en chien de faïence. Tout le monde ? Non, une poignée de gens se satisfait pleinement de sa situation, une poignée de gens dont on oublie l’existence à l’étranger... et à vrai dire au Plat Pays aussi on ne la connaît pas vraiment. Ils ont une histoire abracadabrantesque, à l’instar des autres belges.

Ces gens-là, ce sont les Germanophones. Ils représentent moins de 1% de la population belge, et l’on serait pourtant tentés de dire que les vrais Belges, aujourd’hui, ce sont eux. Ce sont les Belges les plus « jeunes ». Leur destin a toujours été régi par les États les plus forts du moment, parfois avec une consultation populaire contestée[1], puis ils ont fini par intégrer le territoire belge en 1919... avec un intermède de 5 ans, quand Hitler les a réintégrés au IIIème Reich. En 1919 donc, la défaite de l’Empire allemand et l’effondrement de sa principale composante, la Prusse, dont ils faisaient partie, ont débouché sur le traité de Versailles. Parmi les multiples remaniements territoriaux figure cette petite portion prussienne, transférée à la Belgique. Cependant, la frontière définitive n’a été fixée qu’en 1956.

Les Germanophones habitent l’extrémité centre-est du pays, avec trois bornes frontières internationales avec les Pays-Bas (au Nord), l’Allemagne (à l’Est) et le Grand-Duché de Luxembourg (au Sud). Ses frontières internes à la Belgique sont avec la Communauté française. 73 119 personnes font partie de la Communauté germanophone, sur un territoire de 854km2, soit 3 fois plus petit que le Grand-Duché de Luxembourg, mais 6 fois plus grand que le Liechtenstein.

Depuis les débuts de la fédéralisation de la Belgique en 1962, les différentes communautés linguistiques qui composent le pays disposent d’une administration propre. Ainsi, aujourd’hui, la Communauté germanophone exerce ses compétences sur tout ce qui touche la culture et la langue allemande en Belgique : l’enseignement, les sports, la politique sociale et familiale, la politique des soins de santé (ne pas confondre avec le système de remboursement des soins de santé, dit Sécurité sociale fédérale), les musées, les médias, le tourisme, la formation professionnelle, etc. Les Germanophones dépendent de la Région wallonne pour les infrastructures, la politique de l’emploi, l’aménagement du territoire (routes, urbanisme...), etc.

Cette Communauté possède un Gouvernement composé de 4 ministres et dirigé par le socialiste Karl-Heinz Lambertz. Son Parlement comporte de 25 membres, où le CSP (démocrate-chrétien) détient 7 sièges, le SP (parti socialiste germanophone) 5, le PFF (libéraux germanophones) 4, etc.

C’est donc, malgré sa petite taille, une véritable Communauté, ayant sa propre dynamique, ses propres intérêts, et sa propre politique. Il ne faut pourtant pas le nier, sa voix a peu de portée au niveau fédéral. Elle n’a pas de représentant permanent à la Chambre (ils ont été rattachés aux francophones), et un seul au Sénat. Les médias des deux autres communautés lui portent peu d’attention.

Pourtant, ce détachement relatif aux affaires du pays, cette vie en presqu’autarcie, ne semblent pas démontrer une quelconque indifférence. Les Germanophones dans leur ensemble souhaitent participer au débat politique qui secoue actuellement la Belgique. Karl-Heinz Lambertz le rappelle fréquemment, et sa voix commence à être relayée par les journaux[2]. Dans l’état actuel des choses, les Germanophones sont satisfaits de leur situation. Pourtant, selon M. Lambertz, « ni les flamands, ni les francophones ne se lèvent le matin en pensant d'abord aux germanophones. (....) Mais, si on veut rechanger l'architecture institutionnelle du pays, il faudrait que notre place soit bien précisée. Nous sommes demandeurs de beaucoup de choses. Il faut reconnaître et consolider le statut de la communauté germanophone comme une entité constitutive de la nouvelle Belgique fédérale. Nous voulons devenir une 'communauté-région', une quatrième région. La communauté germanophone ne pourra survivre que si elle a sa place comme entité fédérée.  »[3]

Et effectivement, on parle constamment du futur des Flamands, des Bruxellois et des Francophones, mais très peu des Germanophones. La solution à 4 régions, qui rassembleraient les compétences des anciennes régions et communautés, a l’avantage d’enfin éclaircir l’imbroglio des institutions belges, et de fixer les points de discorde sur les chevauchements de compétences et de territoire. Pour autant, rien ne garantit que cela atténuerait les tensions entre les deux acteurs principaux.

Et en cas de scission de la Belgique ? M. Lambertz pense que le Liechtenstein, indépendant, peut être un bon exemple. Les évidences penchent en fait soit vers un rattachement au Grand-Duché de Luxembourg, dont le niveau de vie et la culture sont très proches, ou... un retour à l’Allemagne[4]. En effet, ces deux pays sont en interaction constante avec la Communauté, notamment par un important flux de travailleurs. 25% d’entre eux y ont un emploi, et de moins en moins cherchent à travailler dans la partie francophone de la Région wallonne[5]. Par ailleurs, tant l’Allemagne que le Luxembourg partagent des frontières communes avec la Communauté germanophone. Pour l’Allemagne, cette intégration constituerait un changement mineur, pour le Luxembourg ce serait un élargissement de territoire significatif, mais les synergies rendraient l’opération intéressante.

Les Germanophones ont plus à apporter que de la politique. Bien qu’aucune étude ne se soit penchée sur le sujet, les récents témoignages cueillis par les journalistes[6] tendent à montrer qu’un cadre de vie calme et verdoyant, des infrastructures modernes, et des institutions proches des citoyens sont à la base d’un bien-être germanophone qui n’a pas d’égal autre part en Belgique. Malheureusement, dans la tempête actuelle, ce modèle de vie a un impact très léger sur les décisions prises par les Flamands et les Francophones.

Bibliographie :

Titulní obrázek převzat z: http://www.sxc.hu/photo/1034801


[1] Voir le site de la Communauté de Germanophone pour un panorama plus exhaustif de son histoire :

http://www.dglive.be/fr/desktopdefault.aspx/tabid-1397/2268_read-26576/

[2] Voir par exemple cet article du Soir :

http://www.lesoir.be/culture/livres/2010-11-08/kroll-demande-l-asile-politique-en-communaute-germanophone-802491.php

[3] Interview disponible sur le site de la RTBF

http://www.rtbf.be/info/belgique/politique/karl-heinz-lambertz-nous-devons-devenir-une-region-communaute-273078

[4] Voir l’article parut dans Sud Presse :

http://www.lanouvellegazette.be/politique/2010-07-26/le-chef-de-la-communaute-germanophone-evoque-un-retour-a-l-allemagne-798376.shtml

[5] Voir l’interpellation au Parlement wallon sur le site du CDH (parti francophone) :

http://www.cdh-wallonie.be/notre-action-au-pw/interpellations/la-situation-de-l2019emploi-en-communaute-germanophone

[6] Voir le dossier du Soir consacré à la Communauté germanophone :

http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2010-11-08/le-soir-demande-l-asile-politique-en-communaute-germanophone-802368.php

Jak citovat tento text?

Detaille, Mathieu. Et a l´Est vivaient les Germanophones [online]. E-polis.cz, 1. prosinec 2010. [cit. 2017-09-21]. Dostupné z WWW: <http://www.e-polis.cz/clanek/et-a-lest-vivaient-les-germanophones.html>. ISSN 1801-1438.

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